4 août 2026
Démarchage téléphonique interdit le 11 août 2026 : ce qui change pour la pige immobilière
C’est le grand chamboulement de la rentrée pour tous les agents immobiliers : à partir du 11 août 2026, le démarchage téléphonique des particuliers est interdit par principe, sauf consentement préalable. La logique s’inverse complètement : jusqu’ici, vous pouviez appeler tant que la personne ne s’y était pas opposée (Bloctel) ; désormais, le silence ne vaut plus accord.
Voici ce que dit exactement la loi, ce que cela implique concrètement pour la pige et la prospection vendeur, et surtout comment adapter votre méthode dès maintenant.
Ce que dit la loi du 30 juin 2025
Le nouveau cadre vient de l’article 13 de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 (dite loi contre les fraudes aux aides publiques), complété par un décret publié fin juillet 2026. Les points essentiels :
- Interdiction par défaut. À compter du 11 août 2026, il est interdit de démarcher par téléphone un consommateur qui n’a pas exprimé préalablement son consentement à faire l’objet de prospection commerciale.
- Un consentement exigeant. Il doit être « libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable ». Concrètement : une action positive et dédiée (case à cocher non pré-cochée, formulaire explicite). Une mention noyée dans des CGU ou un document pré-rédigé ne suffit pas, et le consentement ne peut pas se renouveler tacitement.
- La preuve vous incombe. C’est au professionnel de prouver le consentement, et de conserver cette preuve (au minimum trois ans selon les recommandations officielles).
- Deux exceptions principales. L’appel lié à un contrat en cours avec la personne (et en rapport avec son objet), et la vente d’abonnements de presse.
- Fin de Bloctel. Le service d’opposition disparaît le 11 août 2026 : il devient inutile puisque l’interdiction devient la règle.
- Sanctions lourdes. Amendes administratives (DGCCRF), contrôles CNIL sur le volet données personnelles, et nullité du contrat conclu à la suite d’un appel illicite.
Jusqu’au 10 août 2026, l’ancien régime s’applique encore : appels autorisés du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, hors inscrits Bloctel.
La pige téléphonique est-elle concernée ?
C’est LA question du métier. La pige consiste à appeler un particulier qui a publié une annonce de vente (Leboncoin, PAP…) pour lui proposer vos services. Il s’agit bien d’une prospection commerciale par téléphone auprès d’un consommateur : sauf position contraire des autorités ou décision de justice à venir, la pige téléphonique classique entre dans le champ de l’interdiction.
Le fait qu’un particulier publie une annonce avec son numéro ne constitue pas un consentement « libre, spécifique, éclairé et univoque » à être démarché par des professionnels : il publie pour trouver un acheteur, pas pour recevoir des offres de mandat. Certaines annonces mentionnent d’ailleurs explicitement « agences s’abstenir ».
Prudence donc : d’ici à ce que la pratique se stabilise (positions DGCCRF, fédérations professionnelles, éventuels contentieux), considérez que la pige par téléphone à froid présente un risque juridique réel à partir du 11 août. Rapprochez-vous de votre fédération (FNAIM, SNPI, UNIS) ou d’un avocat pour votre cas précis — cet article est une synthèse d’information, pas un conseil juridique.
Ce qui reste possible (et le devient encore plus stratégique)
La loi encadre le téléphone sortant à froid. Tout le reste de la prospection demeure ouvert, avec ses propres règles :
- Rappeler vos prospects existants. Un propriétaire que vous avez rencontré, estimé, ou qui vous a laissé ses coordonnées en vous demandant de le tenir informé : vous êtes dans la relation établie, a fortiori s’il a consenti explicitement à être recontacté. Votre base de prospects devient votre actif n° 1 — à condition de pouvoir prouver quand et comment chaque contact vous a donné son accord.
- Le courrier postal et le boîtage. Non concernés par l’interdiction téléphonique. Le courrier personnalisé au vendeur d’une annonce redevient une arme de pige à part entière.
- Le porte-à-porte et la prospection terrain. Toujours autorisés (dans le respect des règles du démarchage à domicile). Le contact humain direct reprend de la valeur.
- Répondre plutôt qu’appeler. Faire venir le vendeur à vous : contenu local, estimation en ligne, avis Google, recommandation, réseaux sociaux. L’inbound n’est pas un buzzword, c’est désormais une nécessité réglementaire.
- Collecter le consentement partout. Formulaire d’estimation avec case dédiée « J’accepte d’être recontacté par téléphone », portes ouvertes, salons, parrainage. Chaque consentement collecté (et daté, et archivé) est un droit d’appel que vos concurrents n’auront pas.
Pour l’e-mail et le SMS de prospection, attention : ils étaient déjà soumis à un régime d’opt-in pour les particuliers (RGPD et code des postes et communications électroniques). La nouvelle loi ne les libère pas — elle aligne simplement le téléphone sur la même logique de consentement.
Le vrai gagnant : l’agent qui suit ses prospects
Prenez du recul une seconde. Cette loi pénalise un seul modèle : celui du volume d’appels à froid. Elle récompense mécaniquement le modèle inverse : moins de contacts, mais mieux suivis, plus longtemps.
Concrètement, à partir du 11 août :
- chaque prospect vendeur rencontré vaut plus cher, car vous ne pourrez plus « compenser » un suivi défaillant par de nouveaux appels de pige ;
- chaque relance oubliée coûte plus cher, car le vendeur perdu ne sera pas remplacé par trois numéros piochés sur Leboncoin ;
- la traçabilité devient obligatoire : savoir qui a consenti, quand, comment, et pouvoir le prouver, impose un historique propre par prospect — un fichier Excel bricolé ne suffira plus (voici pourquoi).
C’est exactement la philosophie de Suivena : centraliser vos prospects vendeurs, historiser chaque échange (avec sa date et son contexte), et vous rappeler chaque relance au bon moment. Dans le monde d’après-Bloctel, le suivi n’est plus un confort : c’est votre licence d’exploitation.
Checklist avant le 11 août 2026
- Stopper ou faire valider juridiquement toute campagne de pige téléphonique à froid prévue après le 10 août.
- Ajouter une case de consentement téléphonique (non pré-cochée) sur tous vos formulaires : estimation, contact, portes ouvertes.
- Passer en revue votre base : qui vous a explicitement autorisé à rappeler ? Documentez-le.
- Historiser systématiquement chaque échange et chaque consentement, avec date et canal.
- Renforcer les canaux non concernés : courrier de pige, terrain, recommandation, présence en ligne locale.
- Mettre en place une séquence de relance rigoureuse sur vos prospects existants : ils sont désormais votre principale source de mandats.
Pour aller plus loin :